Quand on parle de finance islamique, une question revient souvent : "Qui a dit que c'était halal ?"
Est-ce l'avis d'un seul savant ? D'une banque ?
Pour garantir la légitimité et la Baraka dans les transactions modernes, l'industrie ne repose pas sur des avis isolés, mais sur le "Ijtihad Jama'i" (l'effort de réflexion collectif).
Deux géants dominent ce paysage et structurent la finance islamique mondiale : le Majma' Al-Fiqh (Académie Internationale du Fiqh Islamique) et l'AAOIFI.
Comprendre leurs rôles est indispensable pour quiconque s'intéresse sérieusement à la finance islamique.
1. Le Majma' Al-Fiqh
Le Majma' Al-Fiqh Al-Islami (ou IIFA - International Islamic Fiqh Academy) est l'instance suprême en matière de jurisprudence islamique mondiale.
- C'est quoi ? C'est un organe scientifique affilié à l'OCI (Organisation de la Coopération Islamique), basé à Djeddah, en Arabie Saoudite. Il regroupe les plus grands savants et experts de 57 pays musulmans.
- Son rôle : Il ne traite pas uniquement de finance. Son but est d'étudier toutes les questions contemporaines (médicales, sociales, et économiques) à la lumière du Coran et de la Sunna.
- Son impact sur la finance : Le Majma' pose les fondations. C'est lui qui émet les grandes résolutions de principe (Fatwas générales).
- Exemple : En 1985, c'est le Majma' qui a confirmé officiellement l'interdiction de l'intérêt bancaire moderne et validé le principe de l'actionnariat sous conditions.
C'est le "Conseil Constitutionnel" de la Charia : il dit si le concept global est licite ou non.
2. L'AAOIFI
Si le Majma' donne la direction, l'AAOIFI écrit le manuel d'utilisation.
L'AAOIFI (Accounting and Auditing Organization for Islamic Financial Institutions) est une organisation internationale indépendante basée à Bahreïn, créée en 1991.
- C'est quoi ? C'est un organisme technique. Il ne s'adresse pas au grand public, mais aux banques, aux auditeurs et aux régulateurs.
- Son rôle : traduire les règles du Fiqh en standards bancaires applicables. Une banque ne peut pas se contenter d'un verset du Coran pour faire un contrat de prêt immobilier ; elle a besoin de clauses juridiques, de règles comptables et de procédures d'audit.
- Les "Normes Shariah" : l'AAOIFI est célèbre pour son livre de normes (souvent appelé "les standards Shariah"). Il définit précisément comment doit se dérouler une Murabaha, une Ijara ou une émission de Sukuk pour être valide.
Si une banque islamique prétend être conforme, elle doit généralement suivre les normes de l'AAOIFI à la lettre.
3. Les 3 différences majeures
Pour ne plus les confondre, il faut retenir trois distinctions fondamentales entre ces deux institutions :
- La nature de l'institution : le Majma' Al-Fiqh est une académie purement religieuse et théologique. À l'inverse, l'AAOIFI est un organisme technique et professionnel.
- Le champ d'action : le Majma' a une portée globale : il traite de tous les aspects de la vie du musulman (problèmes médicaux, sociaux, familiaux et financiers). L'AAOIFI, elle, se concentre exclusivement sur l'industrie financière et bancaire.
- Le résultat produit : le Majma' émet des Fatwas et des résolutions de principe (il définit ce qui est licite ou illicite). L'AAOIFI produit des "standards" et des normes comptables (elle explique comment appliquer techniquement ces règles dans les contrats et les bilans bancaires).
Conclusion : une synergie nécessaire
Ces deux instances ne sont pas concurrentes, elles sont complémentaires.
Le Majma' valide la théorie (le Fiqh), et l'AAOIFI la transforme en pratique industrielle (la Finance).
Pour l'entrepreneur ou l'investisseur musulman, savoir que ces institutions existent est une assurance.
Cela prouve que la finance islamique n'est pas un bricolage amateur, mais une science rigoureuse, encadrée par des milliers d'heures de travail des plus grands experts de la communauté.

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